Interprétation des données relatives à l’évaluation de la sécurité des aliments GM

Informations générales
  1. Introduction
    Selon les principes élaborés par les organisations internationales comme l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation des Nation unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et la Commission du Codex Alimentarius (CAC) conjointement avec la FAO/OMS, l’Organisation de de coopération et de développement économiques (OCDE) et la US Food & Drug Administration (FDA), le but de l’évaluation de la sécurité alimentaire des produits alimentaires issus de la biotechnologie est d’offrir une garantie, en utilisant les meilleures connaissances scientifiques disponibles, que ces aliments sont aussi sains pour la consommation que leurs homologues classiques et par conséquent ne causeront aucun dommage sensible quand ils sont préparés, utilisés et/ou consommés conformément à l’usage prévu. D’une manière générale, durant la détermination de la sécurité alimentaire des aliments génétiquement modifiés, les questions auxquelles il faut répondre lors du processus d’évaluation incluent entre autres :

    • Les organismes donneurs et receveurs ont-ils un antécédent d’utilisation sans danger ?
    • Les nouvelles substances produites – par exemple protéines – peuvent-elles être consommées sans danger?
    • Des allergènes potentiels ont-ils été introduits ou ont-ils augmenté dans l’aliment ?
    • Le contenu d’autres substances importantes, par exemple substances toxiques, antinutritionnels a-t-il changé ?
    • La composition et la valeur nutritionnelle ont-elles changé?
    • Sous quelles formes les denrées ou produits alimentaires dérivés seront-ils consommés ?
    • Les substances nouvellement introduites survivront-elles à la transformation, le transport, le stockage et autres préparations ?
    • Quel devrait être le niveau d’exposition humaine à travers l’alimentation ?
    • La présence d’un antibiotique ou autre marqueur de sélection est-elle sans danger?

    Plusieurs questions concernant la caractérisation de la transformation au niveau de la génétique moléculaire demeurent sans réponse par exemple, à quel emplacement la construction du gène est-elle intégrée dans le génome de la plante ? La séquence a-t-elle été caractérisée ? Des cadres ouverts de lectures imprévus sont-ils présents ? Quel est le nombre de copies du gène ? Quel est la stabilité de l’expression ? Etc.
    Se basant sur les directives relatives à l’évaluation de la sécurité sanitaire des aliments dérivés des plantes à ADNr qui ont été abordées dans l’une des sections précédentes, un exemple d’étude de cas – le soja Roundup Ready (soja RR), sera utilisé pour expliquer les données clés qui doivent être fournies dans le dossier de demande d’évaluation de la sécurité alimentaire et montrer comment interpréter ces données. Les données de cette étude de cas incluent des extraits de dossier de demande d’évaluation de la sécurité alimentaire déposé par la société Monsanto aux autorités de régulation du Canada, des USA et du Royaume-Uni qui ont été rendus disponibles grâce à la FAO.

    Etude de cas – Le soja Roundup Ready (soja RR)

    La compagnie Monsanto a développé les variétés de soja RR (événement 40-3-2) ayant le caractère résistance au glyphosate, l’ingrédient actif de l’herbicide Roundup, un herbicide utilisé par les agriculteurs dans la lutte contre les mauvaises herbes. Le CP4 énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase protéine (EPSPS) est une enzyme importante impliquée dans la biosynthèse des acides aminés aromatiques dans les plantes et les microorganismes. (l’EPSP synthase n’est pas présente chez les animaux et donc le glyphosate a un niveau élevé d’innocuité pour ses consommateurs). L’inhibition de cette enzyme par le glyphosate conduit à un déficit dans la production des acides aminés aromatiques et le manque de croissance des plantes. Le soja RR (événement 40-3-2) a été produit en introduisant un gène CP4 EPSPS d’une bactérie naturellement présent dans le sol (l’Agrobacterium) à l’aide de la transformation par accélération de particules dans le génome du soja. Le gène CP4 EPSPS codant une version de l’enzyme ESPS résistant au glyphosate, ce qui implique que la bactérie Agrobacterium n’est pas tuée par l’herbicide.
    La plante du soja RR produit donc deux enzymes EPSPS : la version naturelle déjà présente dans la plante et la version bactérienne ajoutée par la modification génétique. Lorsque l’herbicide est appliqué, l’enzyme EPSPS du soja est inhiber et ne peut plus fonctionner. Cependant, la plante survit parce que l’enzyme EPSPS bactérien qui a été transféré dans la plante reste actif, ce qui lui permet de continuer à produire les acides aminés dont elle a besoin. Ainsi, la protéine bactérienne est capable de fonctionner dans le soja de la même manière qu’il le fait dans la bactérie du sol.
  2. Description de la culture à AND recombiné
    Une description de la culture à ADNr soumise à l’évaluation de la sécurité doit être fournie afin d’identifier la culture, l’événement de transformation à examiner ainsi que le type et le but de la modification. Cette description devrait être suffisamment détaillée afin de permettre une bonne compréhension de la nature de l’aliment soumis à l’évaluation de la sécurité.

    Etude de cas

    Le soja RR (événement 40-3-2) a été développé pour permettre l’utilisation du glyphosate, l’ingrédient actif de l’herbicide Roundup, en tant qu’une alternative à la lutte contre les mauvaises herbes. Cette lignée de soja génétiquement modifié contient une forme de l’enzyme 5-enolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase (EPSPS) qui permet à l’événement 40-3-2 de survivre à l’application mortelle du glyphosate. Le gène EPSPS introduit dans l’événement 40-3-2 a été isolé à partir d’une souche de la bactérie très rependue du sol, l’Agrobacterium tumefaciens appelée CP4. La forme de l’enzyme EPSPS produite par ce gène est résistante au glyphosate.
  3. Description de la plante hôte et de l’organisme donneur et son utilisation en tant qu’aliment
    Les données de cette section mettent l’accent sur la description phénotypique et agronomique de la plante, l’antécédent d’utilisation de l’aliment conventionnel y compris, l’identification des composants alimentaires, les produits alimentaires qui contienne souvent ces éléments comestibles et les exigences de traitement. Elles peuvent également inclure des informations sur la façon dont la plante est traditionnellement cultivée, transportée et stockée et si un traitement spécial est requis pour rendre la plante saine à manger et le rôle normal de la plante dans le régime alimentaire. En ce qui concerne l’organisme donneur, des informations devraient être fournies en vue de son identification et il est particulièrement important de déterminer si les organisme(s) donneur(s) ou d’autres espèces apparentées de sa famille taxonomique présentent naturellement des caractéristiques de pathogénicité ou la production de toxines ou ont d’autres caractères qui affectent la santé humaine.

    Etude de cas

    Le soja RR a été testé dans des essais au champ aux États-Unis, en Amérique centrale et du Sud, en Europe, en Europe Centrale et au Canada depuis 1991. Les données recueillies à partir d’essais effectués sur une période de 3 ans avant sa commercialisation aux États-Unis, montrent que le soja RR ne diffère pas de façon significative du soja conventionnel sur le plan morphologique, de la production de graines (rendement), des caractéristiques agronomiques telles que la période de floraison et de formation des gousses ou de la vigueur (germination ou la persistance). En outre, la sensibilité aux maladies et aux insectes du soja RR a fait l’objet de suivie et aucune différence n’a été observée dans la sévérité de la maladie ou dans les infestations par les insectes entre le soja RR et les plantes témoins.
    Pour le soja RR, l’organisme hôte (récepteur) est la plante de soja et la partie de la plante de soja qui est consommée par les humains est la graine – le soja. Le soja (soja) peut être cuit et consommé en entier ou transformé en de nombreux d’aliments. Les aliments à base de soja sont les boissons de soja, le tofu, l’huile de soja, la farine de soja et la lécithine. Certains des produits transformés contenant du soja sont entre autres, des pains, des pâtisseries, des snacks, des produits de boulangerie, des frites, des produits oléagineux comestibles et des aliments spéciaux tels que les aliments pour nourrissons.
    L’organisme donneur utilisé pour le soja RR est la bactérie du sol Agrobacterium (espèce souche CP4) d’où a été tiré le gène EPSPS. L’Agrobacterium est présent partout dans l’environnement alors, on peut s’attendre à ce qu’il soit présent dans presque tous les aliments récoltés directement au sol, comme le manioc, la patate douce, etc. Puisque l’Agrobacterium est ingéré par les humains depuis très longtemps, sans qu’il y ait de preuves qu’il soit toxique ou allergène à l’homme, il est raisonnable de supposer que l’organisme donneur est sûr et acceptable.
  4. Description et caractérisation de la modification génétique

    Toutes les caractéristiques de l’insert génétique doivent être connues ; ce sont notamment l’identité de la source du matériel génétique, la séquence de nucléotides de la construction d’ADN insérée, le nombre de sites d’insertion et la stabilité de l’insertion dans le génome de la plante. L’exigence relative aux données liées aux modifications génétiques permet d’avoir une compréhension approfondie des insertions génétiques qui en découlent ainsi que leur position dans la plante hôte. Une description détaillée des caractéristiques moléculaires de la plante à ADNr est nécessaire afin de montrer que le développeur a minutieusement analysé la plante et ses produits, y compris tous les gènes introduits et les protéines exprimées.

    1. Procédure de modification

      Une description détaillée de la procédure utilisée pour insérer le nouveau matériel génétique doit être fournie.

      Etude de cas

      Le soja RR a été produit en utilisant le procédé de transformation par accélération de particules. Dans ce processus, les cellules végétales sont bombardées par des particules microscopiques d’or ou de tungstène enrobées d’ADN contenant le nouveau gène EPSPS de l’organisme donneur (Agrobacterium). L’objectif est de faire passer le nouveau gène par la paroi des cellules végétales, de sorte qu’il puisse être incorporé dans le matériel génétique de la cellule végétale.
    2. Fonction et régulation de(s) nouveau(x) gène(s)

      Pour comprendre le fonctionnement du/des nouveaux gène(s) dans les plantes, il est important de connaître le(s) nouveaux gène(s) et leurs produits, dans ce cas précis, il s’agit des enzymes EPSPS, du matériel génétique qui contrôle la manière, l’emplacement et le moment où les nouveaux gènes sont activés et le matériel génétique qui attribue les nouvelles protéines à des parties spécifiques de la cellule.

      Etude de cas

      Le soja RR contient un nouveau gène unique (CP4 EPSPS) qui code l’enzyme EPSPS. Devant le gène EPSPS bactérien dans le soja RR se trouve une séquence régulatrice connue sous le nom de promoteur E35S, qui commande le moment où la plante devrait activer le gène. A l’autre extrémité du gène EPSPS se trouve une autre séquence régulatrice connue sous le nom NOS 3′ qui indique à la plante l’emplacement où l’EPSPS se termine. Une autre séquence régulatrice supplémentaire est la séquence du peptide de transit chloroplastique dont la fonction est de commander la cellule végétale de transporter l’enzyme EPSPS bactérien dans le chloroplaste de la cellule.
    3. Caractérisation du nouveau gène

      Il s’agit d’informations détaillées sur l’arrangement du nouveau matériel génétique dans le génome de l’organisme hôte, y compris le nombre de copies complètes ou incomplètes du nouveau matériel génétique qui sont disponibles. Il s’avère également indispensable de comparer la séquence d’ADN du nouveau matériel génétique dans le génome modifié de la plante avec celle de l’ADN d’origine afin de déterminer si la séquence de l’ADN de la plante présente des modifications inattendues.

    4. Stabilité des modifications génétiques

      Il est important que les modifications génétiques apportées à une plante GM soient stables. Le nouveau matériel génétique est considéré comme une partie stable du génome de l’hôte s’il reste le même au cours de plusieurs générations de plantes produites par sélection conventionnelle. Cela signifie qu’il doit avoir une preuve que les caractères nouvellement introduits sont transmis d’une génération à une autre d’une manière prévisible, en suivant les principes de l’hérédité.

      Etude de cas

      Une copie unique et complète du gène EPSPS d’origine bactérienne plus des séquences d’ADN flanquantes étaient présentes dans le génome du soja RR. Ce gène était intact et avait la taille et la séquence normales.
      Etude de cas

      Les inserts sont transmis héréditairement suivant les lois mendéliennes et leur stabilité a été démontrée par l’analyse moléculaire de la 3ème à la 6ème génération de l’événement 40-3-2. En outre, l’événement soja RR a été commercialisé mondialement depuis 1996 avec une performance stable du produit.
    5. E. Impacts du nouveau gène sur la santé humaine

      Des inquiétudes ont été exprimées sur le fait que les nouveaux gènes, en particulier ceux de la résistance aux antibiotiques, dans les aliments GM pourraient être transférés à des bactéries pathogènes dans le tube digestif humain. La possibilité qu’un nouveau matériel génétique dans les aliments GM puisse transférer des gènes aux bactéries intestinales et leurs impacts sur la santé humaine ont été examinés en détail par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs comités consultatifs d’experts européens ainsi que dans de nombreux articles publiés dans des revues scientifiques. Tous les experts affirment que les matériels génétiques actuels présents dans les aliments GM ont passé avec succès l’évaluation des risques et ne sont pas susceptibles de présenter des risques pour la santé humaine. En outre, la consommation de ces aliments par la population de façon générale dans les pays où ils ont été approuvés, n’a entrainé aucun effet sur la santé humaine (OMS, 2009).
      Il existe deux questions à ce niveau à savoir : (a) le transfert de gènes aux microorganismes intestinaux (b) le transfert à l’hôte humain (le gène pourrait ne pas s’exprimer cependant des fragments incorporés pourraient causer des mutations ?). La possibilité que cela se produise est très faible car il faudrait une série d’événements très improbables pour permettre un transfert horizontal des gènes de l’ADN végétal au génome des mammifères ou des bactéries (Chassy, 2002). Toutefois, cette possibilité ne peut pas être complètement écartée (Jonas et al., 2001). Néanmoins, dans un rapport récent, l’Autorité européenne de sécurité alimentaire a réaffirmé que les deux gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques couramment utilisés, le npt II et l’aadA, ne constituent aucune menace pour l’homme ou l’environnement (EFSA, 2009).

      Etude de cas

      Puisque le soja RR ne contient pas de gènes de résistance aux antibiotiques, aucun problème ne se pose à ce niveau. Le seul gène nouveau dans le soja RR qui pourrait être transmis aux cellules du tube digestif humain est le gène d’origine bactérienne EPSPS. Le transfert de ce gène à des bactéries dans l’intestin humain ne devrait avoir aucun impact sur la santé humaine parce que l’enzyme EPSPS dans le soja RR fonctionnerait de la même manière que l’enzyme EPSPS naturellement présent dans les bactéries intestinales. Enfin, il n’existe aucune preuve que les séquences d’ADN provenant d’aliments ingérés ont été une fois absorbées par les cellules humaines et incorporées à l’ADN humain (Chassy, 2002).
  5. Caractérisation des nouvelles protéines
    1. Nature de la nouvelle protéine
      La nature et la fonction de chaque nouvelle protéine dans un aliment GM sont également examinées durant le processus d’évaluation. Cette information comprend également la preuve que la nouvelle protéine a la taille prévue et la détermination de la quantité de la nouvelle protéine présente dans des tissus particuliers. La présence et le niveau des nouvelles protéines dans des composants particuliers des variétés GM utilisées comme aliments ou dans la préparation des aliments peuvent représenter des risques de sécurité. Ils devraient être évalués dans les parties des plantes GM qui sont réellement consommées. Il est probable que la nouvelle protéine ne s’exprime que dans des parties non comestibles de la plante ou qu’elle soit inactive, dénaturée ou éliminée par la chaleur ou durant la transformation (cuisson) ou uniquement présente à des niveaux très faibles dans la partie comestible de la plante.

      Etude de cas

      La protéine CP4 EPSPS produite dans le soja RR est fonctionnellement similaire à une famille diversifiée de protéines EPSPS normalement présentes dans les aliments de sources végétale et microbienne destinés aux hommes et pour animaux. Lors de l’évaluation de la sécurité, le niveau de l’enzyme EPSPS d’origine bactérienne dans les parties comestibles du soja frais ou transformé s’est avéré être moins de 0,1% de la protéine totale. Il a été prouvé que l’enzyme EPSPS n’est pas actif dans les parties comestibles du soja car l’enzyme est inactivé par la chaleur durant la préparation de l’aliment.
    2. Toxicité potentielle de la nouvelle protéine

      Dans cette section, l’évaluation porte sur la toxicité potentielle des nouvelles protéines dans les aliments GM. Les informations à fournir devraient donner la certitude que les gènes codant des toxines connues ou des facteurs antinutritionnels présents dans les organismes donneurs ne sont pas transférés aux plantes GM qui n’expriment pas normalement ces toxines ou caractéristiques antinutritionnels.
      Dans le cas des protéines, l’évaluation devrait mettre l’accent sur l’homologie de séquences des acides aminés de la protéine et celles des protéines toxiques et les anti-nutriments connus ainsi que la stabilité à la chaleur ou à la transformation et la dégradation dans les systèmes appropriés de modèle représentatif des conditions gastrique et intestinale. Des études appropriées sur la toxicité orale pourraient être nécessaires au cas où la protéine présente dans l’aliment n’est pas similaire à des protéines alimentaires précédemment consommées sans danger.
      Les substances non protéiques qui n’ont jamais été consommées dans des aliments devraient être évaluées au cas par cas selon l’identité et la fonction biologique de la substance présente dans la plante et selon l’exposition alimentaire. Cela peut nécessiter l’isolement de ces nouvelles substances ou la synthèse ou encore la production de la substance à partir d’une source alternative et dans ce cas, il faudrait prouver que le matériel est biochimiquement, structurellement et fonctionnellement similaire à celui produit par la plante à ADN recombiné.

      Etude de cas

      Il n’existe pas de similitude significative entre les séquences d’acides aminés de la protéine EPSPS et celles des toxines protéiques connues. La dégradation rapide de la protéine CP4 EPSPS cadre avec l’exposition limitée au tractus gastro-intestinal et il est peu probable que la protéine puisse causer des effets pharmacologiques, toxiques ou allergènes. Des souris ayant reçu oralement la protéine CP4 EPSPS à des doses allant jusqu’à 572 mg/kg de leur poids corporel, n’avaient présenté aucun effet indésirable lié au traitement. Cette dose représente une marge de sécurité assez significative – plus de 1000 fois – par rapport à la plus forte consommation potentielle de la protéine CP4 EPSPS par l’homme. Enfin, il n’existe aucun antécédent de cas de toxicité des protéines EPSPS. L’enzyme EPSPS d’origine bactérienne dans le soja a une structure et une fonction similaires à celles de l’enzyme EPSPS naturellement présent dans le soja et d’autres plantes faisant partie de l’alimentation humaine. Sur la base des éléments probants décrits ci-dessus, l’enzyme EPSPS bactérien dans le soja RR est peu susceptible d’être toxique.
    3. Allergénicité potentielle de la nouvelle protéine
      Cette composante de l’évaluation vise à déterminer si la nouvelle protéine présente dans le soja RR est susceptible de provoquer une réaction allergique chez certaines personnes. L’approche par étapes pour l’évaluation du potentiel allergène des aliments génétiquement modifiés est basée sur les paramètres suivants :

      • La source de la protéine – les gènes dérivés d’allergènes connus sont supposés codés un allergène à moins que des données scientifiques probantes prouvent le contraire. Une attention particulière devrait être accordée au choix de l’hôte d’expression parce que les modifications post-traductionnelles tolérées par des hôtes différents peuvent avoir un impact sur le potentiel allergisant de la protéine.
      • L’homologie de séquence des acides aminés – Le but est d’évaluer le niveau de similarité entre la structure d’une protéine nouvellement exprimée et celle des allergènes connus afin d’évaluer le potentiel allergisant de la protéine.
      • La résistance à la pepsine – Il existe une relation entre la résistance à la digestion par la pepsine et le potentiel allergisant. Ainsi la résistance d’une protéine à la dégradation en présence de la pepsine sous des conditions appropriées indique qu’une analyse plus approfondie devrait être menée afin de déterminer si la protéine exprimée est potentiellement allergisante ou non.
      • Le criblage d’un sérum spécifique – les protéines provenant d’une source connue pour être allergisante ou qui ont une homologie de séquence avec un allergène connu, devraient faire l’objet de tests immunologiques lorsque les sérums sont disponibles. Des tests supplémentaires tels que des tests cutanés et des protocoles ex vivo devraient être menés, même si les résultats du test immunologique in vitro est négatif.
      Etude des cas

      La séquence d’acides aminés de la protéine CP4 EPSPS a été comparée aux séquences protéiques associées à l’allergie et à la maladie cœliaque et cette analyse a montré qu’il n’existe aucune similarité significative entre sa séquence d’acides aminés et celle d’un des allergènes connus. La protéine ne représente pas un allergène précédemment décrit et ne possède pas les mêmes segments ou structure pertinents de séquences d’acides aminés potentiellement immunologiques qu’un allergène connu. L’évaluation in vitro de la digestibilité protéique CP4 EPSPS indique que la protéine, tout comme d’autres aliments dérivés des protéines, est très labile à la digestion par rapport à de nombreux allergènes alimentaires cliniquement importants.

      La protéine EPSPS est présente dans de faibles proportions, environ 0,08% de la protéine totale, dans toute la graine du soja RR. La majorité des allergènes alimentaires sont présents dans un aliment spécifique sous forme de composants majeurs dans des proportions allant de 1% à 80% de la protéine totale. Une évaluation des allergènes endogènes dans les sojas conventionnels et RR a été menée en utilisant des sérums de patients reconnus allergiques aux protéines du soja et elle a montré que l’introduction de la protéine EPSPS n’a provoqué aucun changement notoire, qualitativement et quantitativement, dans la composition des protéines allergènes endogènes du soja. Il a été prouvé que les étapes de transformation utilisées dans la production de l’huile de soja, l’une des principales sources de soja dans l’alimentation humaine, ont détruit la grande majorité des protéines de telle sorte que l’huile de soja raffinée n’a pas déclenché des réactions allergiques chez les personnes allergiques au soja. Sur la base des éléments probants décrits ci-dessus, l’on peut conclure qu’il est peu probable que l’enzyme EPSPS bactérien dans le soja RR soit allergisant.
  6. Analyse de la composition des composants clés

    La culture GM et la variété conventionnelle à partir de laquelle cette culture a été réalisée (ou une variété aussi proche que possible de la culture GM) devraient être cultivées à des emplacements différents représentant des zones où la culture GM pourrait être cultivée à l’avenir. La partie comestible, dans le cas du soja est la graine et elle est récoltée et analysée pour déterminer sa composition. Les niveaux de nutriments et d’autres composants de la plante GM sont comparés à ceux de la culture conventionnelle ainsi qu’aux niveaux publiés dans les revues scientifiques pour d’autres variétés de la même culture. Toutes les différences significatives entre la culture GM et la conventionnelle sont ensuite évaluées en vue de déterminer d’éventuels effets néfastes sur la santé.

    1. Analyse des nutriments
      L’analyse de nutriments comprend généralement :

      • La composition approximative – fait référence aux niveaux de cendres, d’humidité, de protéines, de lipides et de fibres
      • L’analyse des acides aminés
      • L’analyse des acides gras
      • L’analyse des glucides
      • L’analyse des vitamines et des sels minéraux

      OD’autres composés présents dans certains aliments peuvent aussi être mesurés si elles sont susceptibles d’avoir un impact significatif sur l’alimentation globale. Par exemple, l’évaluation devrait tenir compte des isoflavones dans le soja. Le soja contient naturellement des isoflavones et leur ingestion a été associée à un certain nombre d’effets biochimiques chez les mammifères, y compris des activités oestrogénique et hypocholestérolémiante (Wang et al., 1990) et les recherches ont également montré qu’ils nuiraient au bétail nourri au tourteau de soja (Setchell et al., 1987).
      Les niveaux de facteurs antinutritionnels – Cet examen a pour but de s’assurer que la modification génétique n’a pas augmenté de façon significative les niveaux des facteurs antinutritionnels connus pour être naturellement présents dans l’aliment au-dessus du niveau naturel des aliments conventionnels. La transformation des aliments doit également être prise en compte car cela peut rendre inactif les facteurs antinutritionnels présents dans les aliments non transformés. Les facteurs antinutritionnels présents dans les aliments conventionnels incluent les inhibiteurs de la trypsine et l’acide phytique.

      Etude de cas : Rounded Rectangle

      Les seuls facteurs antinutritionnels importants connus pour être présents naturellement dans le soja sont la lectine du soja, l’inhibiteur de la trypsine et le phytate. La lectine du soja et l’inhibiteur de la trypsine sont détruits par la chaleur lors du traitement ou de la transformation que subissent tous les produits à base du soja avant leur consommation. Néanmoins, aucune différence n’a été trouvée dans les niveaux de la lectine de soja, de l’inhibiteur de la trypsine et du phytate entre le soja RR et le soja conventionnel. Deux autres composants ont été également mesurés : le raffinose et le stachyose – bien que n’étant pas strictement des facteurs antinutritionnels, des niveaux élevés de ces glucides seraient considérés comme indésirables parce qu’ils causent des flatulences. Aucune différence n’a été trouvée dans les niveaux de raffinose ou de stachyose entre le soja RR et le soja conventionnel.
  7. Evaluation de la valeur nutritive

    L’adéquation nutritionnelle et la capacité d’un aliment GM à soutenir la croissance normale et le bien-être d’un homme devraient être établies. Ceci est généralement établi grâce à la compréhension de la modification génétique et de ses implications et l’analyse de la composition de l’aliment. Si l’analyse de la composition révèle des différences importantes dans un certain nombre de nutriments ou autres composants clés ou si des préoccupations ont été émises sur le fait que la biodisponibilité des nutriments clés peut être compromise par les modifications génétiques dans l’aliment, alors des études d’alimentation sur les animaux permettent de déterminer si l’aliment est nutritionnellement adéquat.

    Etude de cas : Rounded Rectangle

    Dans le cas du soja RR, la portée des données sur la composition et autres facteurs ont été jugées suffisantes pour établir l’adéquation nutritionnelle de l’aliment. Ces études ont confirmé qu’il n’existait pas de changements imprévus dans la palatabilité ou la nature saine du soja RR. Dans ces études, le soja RR et le soja conventionnel ont été donnés à certains animaux qui consomment souvent du soja, y compris des groupes de rats, des poulets et des vaches laitières pendant 4-6 semaines. Les études menées sur ces animaux ont révélé que le soja RR était palatable et capable de soutenir la croissance normale et le bien-être chez les rats, les poulets et les vaches laitières. Elles ont également confirmé les résultats des études révélant qu’il n’y a aucune présence de toxicité aiguë lorsque l’enzyme bactérien EPSPS a été administré à des souris à des doses élevées. Les études d’alimentation des poissons-chats et les cailles ont également donné des résultats qui étaient compatibles aux études menées sur les rats, les poulets et les vaches laitières.
  8. Autres questions liées à la sécurité

    D’autres questions importantes liées à la sécurité au cas par cas, devraient être également analysées. Par exemple, dans le cas du soja RR, la possibilité d’accumulation indirecte de résidus de pesticide dû au caractère résistance à l’herbicide serait étudiée. Dans ce cas, les méthodes traditionnelles d’examen de la sécurité chimique doivent être appliquées.

    Etude de cas : Rounded Rectangle

    Il a été prouvé que dans le cas du soja RR, les niveaux de glyphosate utilisés sont situés dans les limites de sécurité tolérables.
  9. Préoccupations locales

    Au besoin, les évaluations des risques de sécurité entreprises par d’autres autorités de règlementation compétentes peuvent être utilisées pour éviter le dédoublement des travaux. Cependant, les aliments génétiquement modifiés qui ont déjà passé avec succès l’évaluation de la sécurité dans un pays pourrait être réévalué dans un autre pays afin d’analyser toutes les différences importantes qui peuvent surgir en ce qui concerne les modes de consommation et de culture de la plante, la forme sous laquelle l’aliment est consommé et les méthodes de transformation.

References

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