Les régulateurs africains de la biosécurité mettent en place le forum des régulateurs de biosécurité de l’Union africaine

Dans le cadre des activités intersessions de la Conférence des Parties servant de réunions des parties à la Convention sur la Diversité Biologique – COP-MOP, le Réseau africain d’expertise en Biosécurité / African Biosafety Network of Expertise (ABNE) de l’Agence de Développement de l’Union Africaine – NEPAD et le Département ressources humaines, science et technologie de l’Union africaine (UA) ont organisé une rencontre consultative et une formation sur l’édition du génome et une réunion d’examen récapitulatif des conclusions de la dernière réunion des parties à la Convention pour la Diversité Biologique (CDB), du 25 au 28 juin 2019, à Addis-Abeba. Au cours de cette rencontre et faisant suite à la suite à la recommandation formulée en septembre 2018par les États membres de l’UA, les participants ont officiellement mis en place le Forum de Régulateurs de Biosécurité de l’UA / African Union – Biosafety Regulators Forum (AU-BRF).
La rencontre a regroupé 60 participants, régulateurs et scientifiques, de 31 États membres de l’UA.
Dans son allocution d’ouverture, monsieur Nicholas Omondi Ouma, au nom du Dr. Mahama Ouedraogo, Directeur du Département ressources humaines, science et technologie de la Commission de l’Union africaine, a souhaité la bienvenue aux participants et a souligné que «les problèmes techniques et politiques liés à l’application de l’édition du génome sont d’importants sujets d’actualité. C’est donc à cet égard que la Commission de l’UA soutient pleinement cette importante initiative, et remercie AUDA-NEPAD à travers le programme ABNE pour les efforts consentis pour la préparation et la mise en œuvre de cette formation ».

Vue des participants au cours de la session de formation

Cette rencontre s’est déroulée en deux étapes, conformément aux objectifs fixés. La première a consisté en des échanges sur les enjeux et les bases fondamentales de l’édition génomique, dans l’objectif de mieux informer les représentants des États membres et améliorer leurs connaissances sur ce thème. La seconde partie s’est focalisée sur l’examen des conclusions de la dernière COP-MOP, et sur la mise en place formelle du Forum des régulateurs de biosécurité de l’Union Africaine.

Les participants ont reçu des informations techniques sur les applications de l’édition du génome, en particulier, dans le domaine de l’amélioration des plantes et des animaux. Ils ont également passé en revue les politiques actuellement appliquées aux produits issus de l’édition du génome dans d’autres régions du monde et la justification de telles politiques. À la suite des travaux et des discussions de groupe, les régulateurs africains ont formulé des déclarations et des recommandations à l’endroit de la Commission de l’Union Africaine et de l’Agence de Développement de l’Union Africaine -NEPAD concernant les aspects réglementaires de l’édition du génome. Ils ont en particulier appelé à une position continentale sur l’édition du génome qui soutienne les décisions des régulateurs au niveau des pays.

Une vue des participants au siège de l’Union Africaine à Addis Abeba

Les participants ont, en outre, dressé le bilan des enseignements tirés de la dernière réunion des Parties à la CDB qui s’est tenue en Egypte en 2018. Ils ont également examiné la mise en œuvre des activités planifiées pour l’intersession de la COP-MOP qui nécessiteraient une action immédiate.

Le Forum des Régulateurs de Biosécurité de l’Union Africaine, nouvellement mis en place par les participants, en tant que plate-forme continentale, se veut être un modèle d’excellence en matière de promotion de la réglementation pour une utilisation sécurisée de la biotechnologie moderne et des technologies émergentes y relatives en Afrique. Le Forum vise à servir de catalyseur pour un suivi réglementaire cohérent en matière de biosécurité sur le continent.
Un conseil intérimaire a été installé avec comme mandat de proposer des activités devant aboutir à la mise en place du comité de pilotage officiel du FRB-UA. Le comité intérimaire est composé de sept membres et est présidé par M. Rufus Ebegba, Directeur général de la National Biosafety Management Agency (Agence Nationale de Gestion de la Biosécurité) du Nigéria. Les six autres membres sont des représentants de la région de l’Afrique australe, de la région orientale, de la région Nord et de la région Ouest, ainsi qu’un conseiller juridique et un conseiller scientifique.

Points de vue de quelques participants

Dr Rufus Ebegba

Dr Rufus Ebegba, Directeur général de l’Agence nationale de gestion de la biosécurité au Nigéria, récemment été élu Président du Comité de Pilotage intérimaire du Forum des régulateurs de la biosécurité de l’UA.
“Cette rencontre est une étape importante dans la vie du continent. Ce fut une occasion pour les régulateurs africains en matière de biosécurité de dialoguer sur la voie à suivre, en particulier en ce qui concerne les nouvelles technologies émergentes dans le domaine de la biosécurité. La réunion nous a donné des informations et des connaissances approfondies sur l’édition du génome, et des éléments pour réfléchir au-delà du système réglementaire habituel. Nous savons maintenant comment réglementer le secteur, de manière à aborder plus sereinement les technologies de l’’édition du génome. Certains produits issus de l’édition génomique sont utilisés pour développer des organismes vivants modifiés (OVM), d’autres non. Pour ces derniers, qui ne sont pas des OVM, nous n’aurons pas besoin d’évaluations particulières.
La rencontre nous a également donné la possibilité de créer une structure permettant aux régulateurs de la biosécurité de toujours se retrouver afin d’appuyer l’Union africaine sur des questions de politique fonctionnelle et des problèmes fondamentaux liés à la biosécurité sur le continent. Avec la mise en place de ce forum des régulateurs de biosécurité, une plus grande confiance sera accordée à la biotechnologie moderne et à ses produits et donnera l’occasion de discuter au niveau national avec les États africains qui n’ont pas encore été en mesure de mettre en place leurs structures, pour les encourager à établir leurs institutions de réglementation et à renforcer leurs capacités humaines, en particulier pour Etats ne disposant pas de suffisamment de personnel pour gérer leurs bureaux et agences de biosécurité.”

Dr. Roda Sansão

Dr. Roda Sansão Nuvunga Luís, Autorité Nationale de biosécurité (GIIBS), Ministère de la Science, de la Technologie, de l’Enseignement Professionnel Supérieur et Technique du Mozambique et membre du Comité de pilotage par intérim du Forum des régulateurs de biosécurité de l’UA.
“Lors des discussions de la COP-MOP à Sharm El Sheik, nous avions estimé qu’il était vraiment nécessaire d’approfondir nos connaissances en matière d’édition génomique afin d‘avoir une position claire en Afrique. Peut-être que seulement un ou deux pays du continent ont des produits issus de cette technologie, mais au moins, nous devons nous préparer à légiférer, car je suis sûre que nous recevrons bientôt des produits dérivés de cette technologie.
Ce fut une réunion très productive. J’ai eu l’honneur d’être nommée membre du comité de pilotage par intérim chargé de mettre pleinement en place la plateforme africaine sur la biosécurité.”

 

Mr Anthe Komi

Mr Anthe Komi, Point focal du Protocole de Carthagène, Ministère de l’environnement et des ressources forestières du Togo, et conseiller juridique du comité de pilotage intérimaire du Forum des régulateurs de la biosécurité de l’UA.
« Cette formation nous a permis de nous assurer que les pays comprennent bien un certain nombre de sujets, y compris le développement au niveau international de certaines technologies et la manière dont l’Afrique pourrait se positionner par rapport à ces technologies. Personnellement, je n’avais aucune idée sur l’édition du génome. Cela signifie qu’au niveau de nos États, rien ne pouvait être fait dans ce domaine. Nous ne savons pas comment utiliser ces technologies pour améliorer les conditions de vie des personnes. Grâce à ce type de formation, la CUA et le NEPAD ouvrent les yeux aux États africains et attirent leur attention. Mais si nous ne sommes pas au courant de ces développements, nous ne pourrons rien faire au niveau national. Après cette réunion, nous ferons le point à nos autorités respectives et en particulier aux ministres responsables des questions de biosécurité pour les aider à identifier tous les contours du sujet avant de prendre toute décision dans ce domaine.”